Le centre d’accueil des enfants sourds de Vientiane, Laos – 2019

Le centre d’accueil des enfants sourds de Vientiane, Laos – 2019

27 février 2019 3 Par nospetitschemins

Avant notre arrivée au Laos, nous avions repéré l’existence d’une école pour enfants sourds à Vientiane, qui avait l’air fort accueillante ; page facebook, vidéos en langue des signes, accueil d’étrangers (tiens!)…

Mais lorsque il s’est agit de contacter cette école… plus personne ne la connaissait! On s’est rendu à une adresse qu’on avait repérée, et qui s’est avérée être … une école de police 🙂 Là-bas, personne ne savait parler anglais et encore moins nous indiquer l’école des Sourds (bon, ils sont encore en formation on les excuse 😉

Alors direction l’Office du tourisme ! Euh… l’école des sourds vous dites?…. ça me dit quelque chose… Euh… Tiens! Allez plutôt demander à la coopérative d’orthèse et de prothèse des victimes des bombardements de la guerre du Vietnam à Vientiane (!) Franchement, là, on s’est dit qu’on avait beaucoup regressé en anglais.

Bref, après avoir demandé à notre guesthouse, à des français qui tiennent un restau, à l’alliance française, on était à deux doigts de renoncer. Avant-dernier jour au Laos, dernière tentative : et si on allait demander à la coopérative d’orthèse et de prothèse des victimes des bombardements de la guerre du Vietnam ?!

Et là, la chance des chanceux : la femme de l’accueil à qui l’on s’adresse a une amie d’enfance, Sophaphone, qui est… professeure pour enfants sourds à Vientiane !! Elle l’appelle. On lui parle. Rendez-vous demain matin, je viens vous chercher à la coopérative de… ok ! c’est compris !

Finalement, nous avons eu le fin mot de l’histoire : l’école pour enfants sourds a été fermée il y a un an et demi, faute de moyens. Le gouvernement a coupé le financement, estimant que ce n’était pas assez performant, pas assez rentable. D’ailleurs on nous explique que c’est très dur depuis quelques années pour toutes les personnes en situation de handicap au Laos.

Et les enfants sourds? Retour à la maison pour la plupart et en école ordinaire pour les autres, sans aucune aide. D’ailleurs même à l’école pour enfants sourds, Sophaphone nous explique que les gens étaient peu motivés, faisaient des cours sans signe, face à des jeunes qui n’y comprenaient rien.

Elle et quelques adultes ont décidé de ne pas accepter cette situation et ils ont créé un centre d’accueil pour les jeunes sourds. C’est Sophaphone qui gère ce centre, épaulée par ses amis qu’elle encourage à venir aider au centre!

Si on est fort à la balançoire, on peut attraper une banane 😉

C’est en réalité une maison. Une trentaine de jeunes sourds y sont accueillis : ils y dorment, s’occupent des taches ménagères, des repas, étudient, préparent des biscuits qu’ils partent vendre au marché. C’est avec l’argent de cette vente qu’ils achètent de quoi faire leurs repas ; ils cuisinent et vendent donc des gâteaux chaque jour.

la cuisine, à l’extérieur
Préparation de la sauce épicée pour le repas

Sophaphone fait tout : elle est professeure, reçoit d’éventuels donateurs, rencontre les autorités et fait la guide pour deux professeurs français qui sont bouche bée.

Nous montrons quelques vidéos d’enseignants et d’élèves sourds en France (coucou Marine et les élèves!)
Caro à la régie !

Ce qui nous étonne le plus ici c’est le calme et la maturité de ces jeunes. Ils ont entre 6 et 20 ans, mais la plupart sont adolescents. Ils signent tous avec un bon niveau, les derniers arrivés signent peu mais ils sont dans un bain de langue des signes qui les fait rapidement progresser.

On aime toujours comparer les différentes dactylologies (façon de signer l’alphabet)

Ils viennent de tout le pays car il existe une seule autre école pour enfants sourds au Laos et ne repartent que pour les grandes vacances. Les garçons et filles sont répartis en deux dortoirs, ils dorment sur des matelas au sol.

Il règne une très bonne ambiance. Certains préparent le repas de midi quand d’autres sont sur deux tables dehors en train d’étudier ou d’aider les plus jeunes à écrire.

L’heure du repas. Chacun trouve un coin pour s’asseoir et manger, il n’y a pas vraiment de lieu dédié. Les jeunes sourds ont déménagé dans cette villa il y a seulement une semaine, ils ont quitté un lieu qui était devenu trop petit.

On a l’impression que tout le monde sait ce qu’il a à faire, tout roule sans embûche. Alors nous aussi, on met la main à la pâte : on parle de la France, on parle de géographie, on explique comment on organise notre voyage, on échange des signes, on discute de l’avenir des jeunes sourds en France et au Laos…

…et on prépare des petits gâteaux avec eux 😉

Joyeux mélange : des enfants mangent, une équipe remplit les petits moules à enfourner, un garçon surveille la cuisson et une équipe emballe les petits gâteaux sortis du four.

Le financement de ce centre repose sur des donations et l’aide de particuliers : un couple de Suédois paye par exemple le loyer de la maison! Pendant les quelques heures que nous passerons ici, trois personnes ont été reçues par Sophaphone, visiblement pour des aides.

Pour repartir vers le centre de Vientiane, nous profitons du trajet de ravitaillement en eau potable

Bref, nous repartons de là heureux d’avoir rencontré ces jeunes, d’avoir assisté à cette expérience et surtout d’avoir écouté Sophaphone : il y a peu de gens comme elle, elle qui a tout compris de l’enfant sourd en venant d’un autre milieu et qui s’est engagée avec une énergie incroyable.

Prix Nobel Adam Delègue à Sophaphone 🙂